Hubert Vast

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Une dernière chance pour Ilford

ilfordActive dans les technologies de l’image, la société est au bord de la faillite. Le couperet doit tomber d’ici au 19 août. La direction d’Ilford et les autorités cantonales s’activent pour trouver un repreneur. Mais le délai est court. Les salaires de juillet des 220 employés n’ont pas été versés. Lundi, le personnel a été informé que plusieurs acquéreurs étaient encore sur les rangs, malgré la défection de deux d’entre eux

Le couperet va bientôt tomber. Ilford Imaging est à court de liquidités. Basée à Marly (FR), cette société active dans les technologies de l’image a jusqu’au 19 août pour trouver un repreneur ou toute autre solution lui permettant d’éviter la faillite. Son propriétaire, le fonds d’investissement britannique Paradigm Global Part­ners, a décidé de ne plus soutenir l’entreprise, acquise en 2010, et considérée comme un fleuron de l’industrie fribourgeoise.

Le repreneur inconnu

Il y a une semaine, l’espoir de sauver Ilford était quasi enterré. Deux repreneurs potentiels avaient jeté l’éponge, les salaires de juillet des 220 employés n’étaient pas versés et la justice civile était informée de la situation. Mais, lundi, les employés ont appris par la direction que des négociations étaient toujours en cours avec plusieurs autres acquéreurs potentiels, dont un se détache. Des propos confirmés par Susanne Badini, cheffe des ressources humaines, qui ne souhaite pas donner plus de précisions étant donné l’état des discussions.

Le calendrier est serré. La faillite pourrait être prononcée d’ici au 19 août si rien ne se concrétise d’ici là. Une nouvelle réunion interne est prévue pour ce jeudi. Ilford a des atouts: du personnel qualifié, une production à haute valeur ajoutée dans l’argentique, les colorants, le jet d’encre ou la photographie. Ce secteur d’activité connaît de fortes mutations. Ilford a amorcé le virage mais a besoin de capitaux frais pour se restructurer en conséquence, poursuivre le développement et lancer de nouveaux produits. Le repreneur potentiel devra donc avoir les épaules solides. Et commencer par payer les dettes et les arriérés de salaires.

Les employés démunis

Le personnel a longtemps été fidèle à une entreprise qui a déjà connu des difficultés par le passé. Mais une vingtaine de salariés ont trouvé un nouvel emploi ces dernières semaines. «Il y a quelques postes opérationnels très importants, précise Armand Jaquier, du syndicat Unia. Sans certaines personnes, des machines ne peuvent tout simplement plus fonctionner.» Ce qui met Ilford dans une situation encore plus difficile. Il n’a pas la capacité de retenir des employés qu’il ne peut plus payer, mais trop de pertes de compétences serait dommageable en cas de reprise.

Il faut dire que l’annonce qu’une issue positive reste possible ne fait pas bondir de joie le personnel. Pour cet employé qui a fait une bonne partie de sa carrière chez Ilford, «il y aura forcément une restructuration, avec le risque qu’on renonce à une partie de nos activités actuelles.» Il craint également que les conditions salariales ne soient plus les mêmes. «Payés en francs suisses, nos salaires sont élevés», dit-il. Membre de la commission du personnel d’Ilford, Frédéric Cudré-Mauroux confirme les craintes des uns et des autres. «Le personnel reste prudent car il pressent qu’il y aura de la casse, même si nous n’en savons rien actuellement», répond-il. Pour les employés, le scénario de la reprise est pourtant le seul qui soit envisageable. «Il n’a jamais vraiment été question que la direction d’Ilford ou d’autres employés reprennent la société. C’est un trop gros morceau. Il faut des reins solides pour assumer ce paquebot», poursuit Frédéric Cudré-Mauroux.

Les autorités silencieuses

Impliquée dans les tractations en cours entre Ilford et d’éventuels repreneurs, la Direction fribourgeoise de l’économie et de l’emploi garde le silence sur le dossier et les différentes options à l’étude. S’il n’est pas question d’injecter de l’argent frais dans l’entreprise, une piste a été évoquée pour aider Ilford à traverser sa mauvaise passe: l’achat par les pouvoirs publics des vastes terrains dont dispose l’entreprise, ce qui lui procurerait des liquidités. Et le retour sur investissement pourrait être intéressant en cas de changement d’affectation de la zone et de revente. Autre option immobilière: promettre à un éventuel acquéreur d’Ilford un dézonage de ces mêmes terrains, sans que l’Etat ait besoin de mettre lui-même la main au porte-monnaie. Syndic de Marly, Jean-Pierre Helbling confirme que sa commune peut «débloquer la situation en adaptant son plan d’aménagement et qu’un accord de principe a déjà été donné». Sauf qu’une telle procédure ne se fait pas en un jour et qu’il y a un obstacle: Ilford est divisé en deux sociétés, d’un côté l’immobilier, de l’autre la production.

Les autorités obtiendront-elles un résultat positif? Ont-elles un plan B? Fribourg traverse actuellement une série noire. Depuis le début de l’année, deux sociétés, Zumwald et Boschung, ont décidé de déménager dans la Broye vaudoise. Si bien que la gauche et les syndicats ne ménagent pas leurs critiques à propos de la politique industrielle du canton. Dans le cas d’Ilford, Armand Jaquier estime que les autorités ont tort de se focaliser sur l’idée d’un repreneur. «Elles connaissent les difficultés d’Ilford depuis longtemps. Elles auraient pu être plus transparentes, à l’écoute d’autres idées ou les stimuler», dit-il.

Mais, en l’état, les partis politiques tout comme les milieux économiques restent encore discrets, vacances estivales oblige. Ce qui navre le conseiller national PDC Dominique de Buman. Dans son discours du 1er Août, il s’est demandé si on avait épuisé toutes les possibilités d’injection financière. «Je n’accuse personne, dit-il. Mais je ne supporte pas l’idée que l’été condamne une entreprise alors qu’il s’agit d’un problème de trésorerie.» Et d’évoquer la piste d’un mécène pour verser les salaires. «Ce qui permettrait de repousser les échéances et donc de donner plus de temps pour trouver une solution à long terme.»

source : letemps.ch

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